Interview exclusive avec Bernard Derome !!!

By reverendvert

 

Il m’est arrivé quelque chose d’incroyable hier : Bernard Derome est venu m’interviewer chez moi. J’étais en train de faire la vaisselle paisiblement, en écoutant du Janis Joplin quand soudain on tambourina à ma porte. Au début, je rechignai à aller répondre car je me disais que ça pouvait tout aussi bien être quelqu’un que j’attendais. Or, je n’avais envie de voir personne. Au bout d’un moment, quelqu’un cria : « Ouvrez, c’est Bernard Derome ! » En entendant le nom du célèbre animateur, je me précipitai à la porte. Janis protesta mais je lui dis de la fermer, ce qu’elle fit.

 

J’essayai d’être accueillant : « Salut Bernie ! Fais comme chez toi mon vieux. Veux-tu quelque chose à boire ? » Je lui donnai également une bine sur l’épaule, question d’établir entre nous une franche et virile camaraderie. Stylo au doigt, il m’expliqua d’un ton froidement journalistique qu’il était venu m’interviewer, ce qui refroidit aussitôt mes ardeurs. Nous nous installâmes donc dans le salon et il commença sa besogne :

 

- Alors ce blog ?
- Ça avance. J’en suis à ma troisième entrée.
- Qui traite de ?
- De la présente interview.
- Pourtant, il ne s’y passe absolument rien. Ma présence est tout à fait vide de sens.
- À vous de relever le niveau du contenu. C’est pour ça que je vous ai fait venir.
- Bon… dans ce cas je vous en pousse une bonne : qui êtes vous ?
- Bordel ! Vous y allez fort Monsieur Derome. Soit. Je suis un jeune homme dans la vingtaine avancée. Je ne suis pas encore un vieux con mais ça ne devrait pas tarder. J’ai déjà le Barbecue et le lave-vaisselle; le coupe-bordure et les nains de jardin devraient bien finir par suivre.
- Et votre innocence d’enfant ?
- Perdue. Fauchée par le temps. Je ne crois plus en rien. Je suis à plaindre.
- Vous ne croyez pas en l’amour ?
- Mais bien sûr que je crois en l’amour, sot ! En l’art aussi. Et je crois aux étoiles.
- Vous croyez encore aux étoiles ?
- Si, mais je ne les vois plus. Autrefois, elles perçaient le plafond du monde, comme les lucioles percent les soirées d’été. Elles me rappelaient que derrière ce grand décor de carton-pâte noir, il y a autre chose. Quelque chose de lumineux.
- Et aujourd’hui ?
- J’ai les étoiles dans les talons Monsieur Derome.
- C’est vraiment malheureux et ça me fout le cafard. Ça vous ennuie si nous vous coupons au montage ?
- Non, allez-y. Moi-même j’aime bien me couper au montage parfois.
- Très bien.

 

Bernard s’en retourna aux bureaux de Radio-Canada. Janis se remit à chanter: “Take another little piece of my heart now baby…” Je pus terminer ma vaiselle en toute quiétude.

 

Si vous avez écouté le Téléjournal hier soir, vous aurez sans doute remarqué que cette interview n’y était pas. Il s’agit en effet d’une exclusivité du blog, bande de veinards.

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